Présentation de l’axe Santé, Société et Migrations (SANSOMI)

 

Directeurs : Nicolas Da Silva et Virginie Silhouette-Dercourt

 

L’axe “Santé, Société et Migration” (SANSOMI) vise à développer des recherches bidisciplinaires – économie et gestion – sur des problématiques qui engagent la société et ses institutions. Les questions ayant trait à la santé comme celles liées aux migrations tant dans les pays d’accueil que dans ceux de départ sont au cœur des évolutions des sociétés au XXIe siècle. On assiste en effet à une accélération des mouvements migratoires, du fait de la globalisation des échanges, des changements climatiques, de l’instabilité politique, des guerres et conflits, et des problèmes d’accès aux ressources naturelles, qui engendre de nouveaux enjeux sanitaires. En même temps, les évolutions démographiques ici et là-bas interrogent le rapport à la santé et aux systèmes de santé. Chacune de ces thématiques – migrations et santé – peut être considérée comme un fait social total parce qu’elles sont au cœur de la quête séculaire du mieux vivre ensemble. Ensemble, elles questionnent la place et le rôle de l’Etat dans la société en termes de prédation et protection ainsi que les formes de résistance et conflits sociaux. Dans leurs interactions, elles interpellent la communauté politique dans sa façon de gérer les évolutions profondes auxquelles elle se trouve confrontée et donne une image de ce qui compte pour elle.

 

1. Programmes structurants

 

1 – Economie politique de la santé

Ce programme de recherche propose une vision cohérente des problématiques de santé à partir de différentes approches théoriques hétérodoxes : économie des conventions, école de la régulation, institutionnalismes, marxisme, etc. L’économie politique de la santé n’est pas abordée comme un sous-ensemble de l’économie de la santé mais comme un champ de recherche à part entière qui questionne les fondements mêmes de nos sociétés. Parce qu’elle favorise les échanges et la controverse en affirmant qu’il est contreproductif de vouloir opposer le politique et le scientifique, elle vise à nourrir les débats de sociétés que révèlent les questions de santé. Toutes les grandes questions sur la santé et les systèmes de santé sont abordées : financement, mode de rémunération des producteurs, privatisation, marchandisation, performance, nouveau management public, politique hospitalière, médecine de ville, dépendance, médecine libérale, histoire de la sécurité sociale, démocratie sanitaire, complémentaires santé, accès aux soins, inégalités de santé, inégalités d’accès aux soins, etc.

 

2 – Politiques du médicament au Nord et au Sud

Ce programme de travail s’intéresse plus particulièrement à la politique du médicament tant dans les pays du Nord que dans les pays du Sud. Dans un contexte où coexistent de fortes tensions entre la défense des droits de propriété intellectuelle et leur remise en cause au nom de l’intérêt général, ce programme propose un terrain d’application aux recherches menées sur le concept de commun et la remise en cause de l’idéologie propriétaire. Il s’intéresse notamment aux nouveaux choix stratégiques d’offres de produits sur les différents sous-marchés (OTC, princeps, génériques, biomédicaments et biosimilaires) issus des innovations technologiques et des modifications réglementaires. La question de l’accès aux soins et aux médicaments dans les pays du sud est valorisée dans un environnement de renforcement de la réglementation sur les brevets (accords TRIPS à l’OMC). Le rôle des ONG dans l’organisation de l’offre de soins et la mise en œuvre de techniques de management sont également étudiés.

 

3 – Gestion du vieillissement de la population

Ce programme est centré sur le vieillissement de la population dans un contexte de globalisation et de ses conséquences pour les professionnels et les organisations du secteur de la santé. Deux objets sont particulièrement mis à l’étude : d’une part le management de la trajectoire des personnes âgées (du début de la dépendance à l’entrée en institution) et d’autre part le rapprochement des organisations entre elles (fusions, mutualisation, etc.). Ces approches sont complétées par des études de prospective pour aider le processus de décision des dirigeants d’organisations privées ou publiques. Ces dernières approches, en sciences de gestion, trouvent une véritable complémentarité avec celles des économistes et rencontrent une demande sociale de plus en plus forte, à mesure que le vieillissement de la population au Nord rend le problème de la prise en charge de la dépendance plus aigu.

 

4 – Santé et bien-être des migrants

Ce programme de travail propose d’analyser les relations entre santé, bien-être et migrations avec comme ligne d’horizon d’évaluer et de repenser l’action publique. Le financement de l’accès à l’Aide Médicale d’Etat (AME) est dans ce cadre une problématique emblématique puisqu’elle mêle inextricablement ces trois dimensions. Au-delà de la réalité du coût de l’AME et des coûts cachés de la non prise en charge sanitaire des migrants (en renoncement, report et retard de soins), le cas de l’AME soulève des problèmes essentiels de santé publique, d’efficacité des barrières à l’accès aux soins en termes de finances publiques et de droit inaliénable à la santé préservant la dignité de tout être humain.
L’arrivée récente de demandeurs d’asile en France rend cette problématique encore plus saillante. Elle interroge aussi le rôle de la culture matérielle dans le bien-être psychologique des migrants. Alors que le parcours migratoire a été au mieux chaotique, les objets du quotidien soignent les maux et permettent de maintenir un sentiment de continuité entre ici et là-bas.

 

5 – Trajectoires migratoires et transformation des sociétés de départ et d’arrivée

À travers ce programme, il s’agit de s’intéresser aux activités transnationales des migrants. Celles-ci participent en effet au développement des pays d’origine par le biais des transferts de fonds qui ont un impact sur la croissance, la pauvreté, les inégalités, ou la sécurité alimentaire. Les effets sur les pays méditerranéens et les pays africains, qui ont un fort taux d’émigration, sont plus particulièrement étudiés. De même, la circulation des biens matériels et symboliques entre là-bas et ici génère de nouvelles dynamiques et structurations sociales et modifie les pratiques de consommation, le financement de la production et l’autonomisation des femmes. Il s’agit éclairer ces modes de circulation tels qu’ils apparaissent dans les pays en développement, dans des villes-mondes comme Paris et Berlin, dans les quartiers et commerces « ethniques ». De plus, dans un monde caractérisé par la mobilité et la fluidité des parcours entre frontières, par la mise en réseau de diasporas réparties à travers le monde, ce programme part de l’hypothèse que ce ne sont pas seulement les immigrés ou les étrangers qui « s’adaptent », mais la société d’accueil qui est amenée à repenser ses modes de fonctionnement : de l’organisation du marché du travail, aux modèles d’intégration, à l’accès à l’éducation et aux soins, aux modèles de distribution, etc.
Les chercheurs engagés dans cet axe développent différentes méthodologies à la fois quantitatives et qualitatives. Ils s’attachent également à mettre en place des réseaux de partenariats interdisciplinaires et internationaux avec des chercheurs ou laboratoires situés hors de France mais également hors d’Europe, et avec des acteurs de la société civile.

 

6 – Etat prédateur, conflit et résistance

Ce programme de recherche s’interroge sur deux postulats d’économie standard, à savoir 1) L’Etat est apolitique ou une dictature bienveillante qui ne poursuit aucun intérêt privé et maximisant les ‘intérêts collectifs’. 2) Le postulat de ‘doux commerce’ ou l’exclusion des conflits sociaux, des guerres inter et intra-étatiques en présence des marchés dans un contexte historique de croissance des flux migratoires. Ces deux postulats sont interdépendants : l’hypothèse d’un Etat prédateur nécessite l’intégration de la résistance, des conflits sociaux et des guerres inter et intra étatiques.
Notre projet de recherche se donne comme objectif l’examen critique de ces deux postulats : comment peut-on analyser l’intervention de l’Etat si l’Etat n’est pas un fournisseur par excellence de biens et de services publics notamment dans le cadre de l’accueil, de l’intégration et de l’accompagnement en matière de santé des migrants ? Comment les dimensions régalienne, prudentielle, et providentielle de l’Etat peuvent-elles être interprétées sous l’hypothèse d’un Etat prédateur ? Quelle est la place du pouvoir conflictuel dans la genèse et l’évolution des règles régissant la répartition de la richesse ? Comment peut-on comprendre l’activité et le pouvoir destructeur et quelle est la place de la destruction dans le développement économique, social, et écologique ?

 

2. Evènements probants et recherches marquantes

Les chercheurs de cet axe participent au Labex SITES et au programme de recherche « EnCommun ». Ils animent le séminaire d’économie politique de la santé et sont engagés dans l’Association d’Economie Sociale, le programme FEMISE (Forum Euroméditerranéen des Instituts de Sciences Économiques), le programme de Formation-Recherche du CIERA (2015-2017) et le Réseau international EPRIS : Ethique des PRIorités de Santé / Ethics of PRIority Setting. Nous développons par ailleurs un vaste réseau pluridisciplinaire français, européen, et mondial en économie politique du choix public, des conflits et du développement, organisant des séminaires de recherche réguliers et des journées d’étude sur ces thématiques.
Les recherches menées sont soutenues par le programme Sociétés Plurielles de l’Université Sorbonne Paris Cité, une convention de recherche avec Médecins du monde, plusieurs contrats de recherche de la Maison des Sciences Humaines de Paris Nord. Elles s’inscrivent dans des réseaux et partenariats de recherche avec le centre Marc Bloch de Berlin, l’Université de Leipzig, la Karstadt University en Suède, le Centre Interdisciplinaire d’études et de recherche sur l’Allemagne, l’Escola Superior de Propaganda e Marketing (ESPM) de Sao Paulo, le musée de l’histoire de l’immigration de la Porte Dorée à Paris ainsi qu’avec la Chaire santé de science po et de l’EHESP.