Working Paper n°2016-07 – Le « miracle Poincaré » et la confiance hiérarchique à l’aune de théories gramsciennes. Tentative d’explication et de développement – Nicolas Pinsard (CEPN)

Working Paper n°2016-07

Le « miracle Poincaré » et la confiance hiérarchique à l’aune de théories gramsciennes.
Tentative d’explication et de développement.

Nicolas Pinsard
Membre du CEPN – Université Paris 13 – SPC
nicolas.pinsard [at] univ-paris13.fr

Septembre 2016

Résumé

Le Cartel des Gauches resta au gouvernement de juin 1924 à juillet 1926, mois au cours duquel R. Poincaré revint aux affaires. Trois jours après que l’on sut que R. Poincaré avait accepté de diriger le gouvernement, le franc s’apprécia de 20 % par rapport à la livre sterling. Ce fut la fin de la crise du franc sur le marché des changes, et cela sans qu’aucune annonce politique soit faite, et avant même la déclaration d’investiture du gouvernement. Comment expliquer le “miracle Poincaré” ?

La monnaie est “un lien de confiance”, elle se décline en trois types de confiance : la confiance méthodique, éthique et hiérarchique. Or, la crise du franc, lors du gouvernement du Cartel, est essentiellement due à une perte de confiance hiérarchique en ce gouvernement. En effet, celui-ci n’était plus capable d’assurer son rôle de souverain monétaire, c’est-à-dire garantir la valeur du franc. Or, la monnaie est ce qui représente symboliquement l’unité d’une communauté de compte, et si celle-ci entre en crise, c’est la communauté en elle-même qui est fragilisée. Ainsi, il y eut une perte de confiance hiérarchique dans la monnaie.
Comment expliquer que la crise économique ait suffisamment d’ampleur pour projeter dans la sphère politique des problèmes initialement économiques ? Comment s’opère le passage d’une crise économique à une crise politique qui se traduit par une perte de confiance hiérarchique ? Comment expliquer l’arrêt de la crise monétaire, à la fois économique et politique, et, in fine, comment la confiance hiérarchique a-t-elle été recouvrée, alors que ce phénomène de crise est auto-entraînant ?

Gramsci et notamment ses concepts de crises organique et hégémonique, et de césarisme seront mobilisés pour répondre à ces problématiques. Le concept de crise organique articule le passage de la crise économique à la crise politique. Celui de crise hégémonique donne à voir les enjeux de pouvoir entre différents groupes sociaux. La notion de césarisme permet d’interpréter la cause du renversement soudain de la valeur du franc sur le marché des changes, dans la mesure où le “César” réussit à instrumentaliser la crise organique pour arriver au pouvoir et à l’arrêter lorsqu’il y parvient. Les raisons de la perte de confiance hiérarchique et son recouvrement peuvent alors être éclairées par ces trois concepts gramsciens qui complètent celui de confiance hiérarchique.

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